C'est ici. La darne siège majestueusement au pied de l'édifice. Elle nourrira quelque gros oiseau aux ailes dépareillées. Ainsi le veut la coutume. Et comme le vent souffle en un jour si faste ! Et c'est pour le mieux.
Les miteux baignent dans la servitude la plus grande. Ils font partie de l'aristocratie la plus élégiaque. Celle qui vit la culture et le luxe doré, brillant et resplendissant et font d'un rien un tout. C'est le snobisme à l'état pur, brut, sans distanciation vis à vis de soi-même. Sans humour. Les pauvres n'ont le choix de rien et pourtant, ils ont tout.
Ils se nourrissent de je ne sais quel petit morceau de pain et pourtant, ils en font un grand festin, aux sauces beurrées, aux croûtons ailiés et aux restes accommodés. C'est commode.
Les chiens restent dehors, à se batailler pour l'espérance d'un morceau de pain qui aurait traîné dans la poussière, sous le soleil écrasant de cet après-midi là. Pourvu qu'il pleuve ! Dans la rue, sinon, tout est calme, presque immobile à part les gens qui prient -ils gesticulent toujours à qui mieux mieux-; il faut dire qu'on entend une sirène inhabituelle au loin.
Dans ma famille, tout va bien, bien que tout soit inhabituel ce jour là.
Tout va comme ça, quand tu n'es pas là, mon amour, je m'invente un univers, un récit aussi... où les gens ne m'aiment pas. Ils me craignent et me méprisent et se moquent de moi aussi. Surtout les filles. Un univers qui sent la mort. Qui suinte la solitude par peur de se retrouver seul, par mégarde. Un monde absurde, parce que tu ne le nourris pas. Où personne ne chante; personne ne pense même à chanter, pensant sans doute avoir mieux à faire. Personne ne rît, a fortiori. Personne n'a d'espoir. Et tout le monde est déshumanisé, sauf moi, qui ne puis rien; rien faire, pas même arrêter l'histoire en cours, non, vraiment rien faire.
Et ce monde est confronté à sa fin prochaine et je t'aime et je n'veux pas arrêter l'histoire, pas arrêter de t'attendre. Je t'attendrais toujours; ce rêve me vient.
Toi qui sais où commencent et où s'arrêtent les choses. Toi qui ne va pas trop loin.
Tu m'encourages par ton absence à aimer ce manque que tu provoques.
Que j'ai toujours cherché.
Si tu le faisais exprès, au moins.
Attention.
J'ai mal de toi.
Je me souviendrai toujours de toi. Comme d'une charmante amie.
Qui cherchait son double.
Et qui m'a trouvé, marchant dans le lointain, les yeux clos, un sourire au bord des lèvres. Impossible à prendre en photo.
Et qui me laisse, aussi souvent qu'elle le peut.
Pour ne pas s'habituer, peut-être.
Connais-tu la couleur des colombes?...