S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là. A courir parmi les voitures et s'éloigner, aller trop près du bord. Si tu m'accompagnes, j'irai n'importe où. La folle course commence à travers les monts et les dunes. Un rallye à côté de chez soi. Où la magnifique descend les marches, sa robe recouvrant trois marches avant elle. Souriant. Les flashs crépitent. Où la mènera cet escalier est un autre problème. La gloire. La célébrité. La reconnaissance. Donner un prix exceptionnel à sa vie, un prix inestimable. Le matériel n'est rien. Elle le sait maintenant. Il ne sera plus rien, jamais dans sa vie. Elle s'en fait la promesse. Pour ses enfants non plus. Un léger frisson la recouvre. Qui la surprend, tellement il lui semble naturel. Tout va vite. C'est bien comme ça. Le temps s'est scindé en deux. Il y a le temps d'avant. Il a été heureux. Le temps, maintenant, sera simple. Pour toujours, le bonheur. Elle se sent jeune. Elle se sent immortelle. En un instant, comme ça, tout a changé. La seule peur serait de retomber maintenant dans le temps d'avant. Mais, c'était bien aussi. Alors, tout va bien, c'est déjà loin. La pensée de ce qu'elle va manger demain s'efface, il en sera toujours comme cela. Elle pense aux autres. Elle se rend compte qu'ils n'existent plus pour elle. Bizarre. C'est venu si naturellement. Elle est altruiste, pourtant. L'espace d'un instant a tout changé. Ils n'existent plus. Même lui. C'est l'homme de sa vie, pourtant. Il est bien. Il l'accompagnera. Il lui donnera des enfants même; et, pour l'instant, il n'est plus rien. Une image, il l'a accompagnée en haut des marches. Mais, elle descend seule. C'est ça, son destin. Une nuit comme celle-ci. Elle ne s'en rend pas compte, mais elle s'en souviendra toujours. Il y en aura beaucoup d'autres. Et, à chaque fois, le souvenir de cette première nuit reviendra. Elle ne le sait pas mais c'est à ça qu'elle pensera au moment de sa mort. Au sentiment qu'elle ressent ce soir, et qui la poursuivra toujours. Combien sont appelés à ressentir cette émotion, c'est ce qu'elle ne se demande pas ce soir et qu'elle ne voudra pas se demander tout au long de sa vie. Elle manquera d'aller voir un psy pour ça. Mais, elle n'ira pas parce que tout va bien. Comme, ce soir, tout va bien. Plus que bien. S'il n'y avait pas ces abrutis, mais ils mattent, c'est leur rôle... Alors, elle comprend combien est grand le fossé que la vie impose entre les êtres. Déjà, la nuit, elle même. C'est beau, comme disait ma grand-mère. C'est la vie, ça.