Une flèche plantée dans l'oeil de l'intolérance.
Désiré est le secret transgénérationnel qui transcende les modes. Celui de la beauté parfaite et finale qui détruit tout sur son passage. Le physique optimal. Oui, je suis beau, admirez-moi ! Et patati et patata. C’est une avalanche de sournoiserie malsaine qui conduit à ne jamais l’évoquer, alors que c’est sur ça que tout repose. Uniquement. Mmmh, faut voir… Oui !!! On s’intéresse aux gens beaux et pas aux autres. Si t’as pas les critères qui correspondent, vlan, à la soupe populaire !!! Pour les pubs, n’en parlons pas, les mannequins que tu vois correspondent jamais à la cible du produit. On n’y fait même plus attention.
Pour se faire une idée juste, faut pas regarder la télé, les animateurs sont tous dans la moyenne, mais plutôt pas mal, pour plaire au plus grand nombre, ils ont tous un coach sportif qui les muscle en profondeur, pour pas que sa fasse trop gonflette, Olivier Minne est l’exception qui confirme la règle et ils sont tous en bonne forme physique et mentale. Y’a une raison implicite : la majorité des gens les connaissent et les aime : franchement, j’ai vu pas mal d’émissions où l’animateur devait retenir le ou la candidate (le plus souvent) à lui rouler un patin devant tout le monde et se laissait caresser, devant les yeux, parfois même, de son mari, qui est aux anges, c’est dire ce qui doit se passer hors caméra, et y’a une raison explicite : s’ils se démerdent bien, ils gagnent des tonnes de pépètes…
C’est un autre monde, la notoriété, faut garder la tête froide, c’est tout et pas oublier de faire ton métier de base, sinon tu rentres dans la jet-set et là, gare aux lendemains qui déchantent, parce qu’il faut assurer, c’est tout. Mais, si tu te démerdes bien, tu fais partie des privilégiés dont les gens de base parlent et parlent parce que tu fais des choses qui intéressent tout le monde ou peu s‘en faut. C’est tout.
Le beau a fort à faire lorsqu’il se frotte à un connu, s’il n’est pas déjà connu en raison de sa beauté, parce qu’ils ne jouent pas à armes égales, en dépit de ce qu’il en est, mais déjà, le gars bien risque fort de se faire envoyer paître parce que c’est ringard ou renvoyer à ses moutons parce que c‘est pas fashion, ça c’est dur parce que c’est immoral, mais déjà si t’es quelqu’un de bien et que tu cherches à être connu pour ça, c’est que tu l’es pas vraiment, d’où difficulté à maintenir sa reconnaissance, mais finalement, si t’es moche et que t’es amoral, faut avoir un sacré talent, voir Gainsbourg, pour devenir connu, être trouvé beau et être imité. J’espère que vous m’avez suivi.
N’empèche que la beauté est la norme, elle écrase ce qui n’est pas elle et lui commande de lui resssembler. On donne parfois comme conseil : « Tu serais mieux si tu … te laissais pousser les cheveux par exemple.». Sous entendu, tu serais plus beau et, donc, tu serais bien. Et ça, ça donne une foule de renseignements : La beauté, c’est bien (il suffit peut-être de l’expérimenter) et qu’est-ce qui est plus beau, ta nature (la nature est belle par nature : tautologie) et donc la beauté est naturelle de prime abord , la beauté est première et donc, c’est bien. Le monde est bien parce qu’il est beau et c’est naturel : exactement ce que je pense, et donc, il ne reste qu’à l’homme à devenir, malgré son mode de vie artificiel, aussi bien que le monde, ce qu’il fait, d’une certaine façon, en devenant plus beau.
Ce raisonnement a ses limites, on sait que tout ce qui est beau n’est pas bien. La beauté peut être un piège atrocement cruel pour ceux qui s’y laissent prendre. Le décalage vient du moment où la beauté se rend compte qu’elle attire et décide de s’en servir. Là, elle devient laide. La beauté resplendit dans le désintéressement, prend sa force dans l’innocence.
C’est pourquoi on dit la vraie beauté intérieure, celle du cœur, comme on l’imagine.
Tout calcul est laid. Les mathématiques sont la science de la laideur. Mais, elles ont construit un monde où tout est artificiel, où la vraie beauté est à reconquérir et, en même temps, le bien et le naturel. Mais, pour ça, le regard de l’autre nous gêne, l’autre, face à qui on ne peut pas tricher, qui voit notre laideur, même là où il dit ne voir que beauté.
L’homme voudrait se faire dieu pour jouir enfin sans entrave de lui-même, être révéré par l’autre et surtout, que sa beauté soit enfin pleine, entière et naturelle.
La beauté est intérieure et elle transparaît à l’extérieur, éclairant son sillage de vérité. Les grands beaux sont les gens lucides.