Tu es bien comme ça. Inutile de te parer autrement. Inutile. Tu es bien la plus belle qu'il m'ai été donné de voir. Et ce nest pas peu dire. Plus belle que l'impératrice de Mongolie. Plus belle. C'est dire, la plus belle du monde. Et pourtant, tu n'es qu'une petite chatte. Une petite.
Cesse de passer ta langue dans mon oreille. Slurp! Non! C'est trop! Tu n'est qu'une petite gambas qui joue des gambettes et moi, j'suis crevette!
Tu t'rappelles, la plage. On était jeunes. On était fous. En plus, c'était avant qu'on ait à voir avec l'asile psychiatrique... Et l'épaisseur de ta chemise de nuit... Dans la nuit noire... On n'entendait que les cris de la forêt au loin. On écrasait les chenilles en perdant nos habitudes bouddhistes... Et tu m'as fait manger une fourmi...qu'on a fait rôtir au barbecue. Elle avait goût de grillé. C'était avant la fin. Avant tout.
Frites, Kebab, Croque-Monsieur, Croque-Madame,... Le marchand du camping d'à côté nous revient aux oreilles... Il avait une voix si stridente qui résonnait jusqu'au terrain vague.
Après toi, des filles, y'en a eu que cinq, six. En fait, ça dépend du mode de comptage, mais qui ait vraiment compté : zéro. Elles sont pas vraiment...fair-play. J'aime pas trop. Elles font beaucoup de vent et, des fois, elles nous empoisonnent la vie.
La vie, c'est bizarre; on ne sait jamais si on ne rentre pas dans des sentiers déjà tracés, déjà empruntés ou plutôt, on le sait, et c'est désolant. On ne fait jamais que courber des herbes qui ont déjà été foulées. Et il est où, le premier, si c'est pas nous. Et sera-ce nous un jour ou serons-nous toujours des suiveurs? Vaut-il mieux marcher bien sur un sentier déjà emprunté ou pas terrible sur un nouveau sentier? Trouve-toi et on te trouvera.
Si on fait un barbecue, il faut être bien sûr, après, de ne pas boire du white spirit. Et de pouvoir se désaltérer le gosier à tête libre. Si on danse tous autour du feu, il faut être sûr qu'il ne brûle pas avec nos habits.
Les filles que j'ai rencontrées après toi, elle étaient comme les sylvidres, elles brûlaient comme du papier. Elles avaient des éclats de voix comme des eh et des ah, incongrus, mais pas de l'incongru qui fait plaisir, du déplacé, voilà. Pas vraiment mélodieux à mes oreilles. C'était une sorte de chose usante à la longue, qui ne faisait pas plaisir. Je sais, c'est pas vraiment à cause de ça qu'on se sépare, mais, dans le fond, si, je crois que c'est à cause de choses comme ça. On se dit que ça ne colle pas avec sa vie.
Dans notre vie, on veut des choses qui nous fassent plaisir quand on les rencontre, surtout si c'est si fréquent. On veut comme avaler le jus d'un sucre d'orge à chaque fois qu'on tourne la tête. On veut que ce soit sucré, même si on n'aime pas trop le sucre. On veut que ça nous procure des mini-frissons. Enfin bref, on veut des choses qui nous surprennent agréablement même si on n'est pas face à la sensation de notre vie. C'est normal; on veut du bien pour nous dans notre vie...
Avec toi, y'avait des choses qui chantaient, des chants africains pour s'endormir le soir, quand on a pas envie de fermer les yeux mais qu'on le fait quand même et après, quand on les rouvre une demi-seconde plus tard et que tout est pareil, on se dit qu'on a de la chance et rien ne fait attention à nous, mais nous, on fait attention à tout; mais on ne veut pas se concentrer pour ne pas en perdre une miette, parce qu'après, on a peur de perdre l'envie de dormir, mais, au contraire, qu'on veut s'endormir comme ça en faisant l'aller-retour yeux fermés-yeux ouverts le plus de fois possible tout en s'endormant plus profondément. Ca c'est des moments où on est vraiment bien et avec toi, y'en avait tout le temps. Même que dans les orbites de tes yeux, y'avait deux p'tites boules qui luisaient et qui voulaient dire que tout va bien pour toi. Et le mieux, c'est que ça se mélangeait avec tout va bien pour moi aussi et qu'c'était dev'nu synonyme. C'est comme ça.
C'est quand j'allais voir les copains qu'ça partait en sucette. Les "après-vous", comme tu les appelais; en savoir beaucoup, c'était pas pour moi. Il faisaient leurs habitudes devant moi. Surtout lui, qu'est-ce qu'il a pu te gêner. Il passait souvent, du temps devant, du temps derrière, un doigt plus que l'autre. Les liqueurs cachées derrière l'armoire dans la caravane. J'avais toute confiance en lui. On r'gardait les reality show tout pourris et on cherchait ce qu'il pouvait bien y avoir à garder la dedans. On riait. Un jour, il est parti. On n'en a jamais reparlé. Même les flics, pourtant, on pensait bien qu'ils devaient ne jamais devoir l'oublier. Comme quoi, tout passe. Tu m'en as même pas voulu. Et c'est comme ça...
Dans le fond, toi, il te faut même pas... De la patience, c'est ce qui m'a fait tenir. De la couenne aux os. Du coup de sang qui vous parcourt le corps jusqu'à l'extrémité des oreilles. Et qui vous fait chaud au sexe. Et qui vous chauffe le crâne comme un grog en plein hiver. Quand la neige tombe. Et qui vous fait souvenir que c'est beau, un flocon de neige, qui fond dans la paume de la main. Et qu'ça fait se sentir chaud à cet endroit là. Comme un géant de chaleur venu à bout d'un flocon de neige qu'il a à peine senti. Comme une montagne de peine à la fois chaude et glacée.
Et qui s'en va vers notre oubli.